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M. Rodenbach, pour moi, c'est presque le seul
poète, oui, le seul poète vraiment original
d'à présent. Il est parvenu à rendre ce
que beaucoup ressentent, mais n'expriment point :
l'âme des choses L'âme plutôt triste,
dolente. C'est l'atmosphère de ses chambres, des
meubles anciens, des étoffes fanées, la vie,
l'intimité de la maison qui nous aime, captée
comme au reflet des miroirs. Il y a ensuite ses villes
flamandes, avec toute la poésie de leur catholicisme
du Nord; Bruges, qu'il a décrite, dont il a rendu
l'impression poigante de désuétude. J'y ai
séjourné. On subit forcément
l'impression du milieu; mais traduire cela, c'est
l'insaisissable. Rodenbach y est arrivé; c'est
là qu'il est personnel; c'est par l'expression du
vague,de l'ambiance, de l'âme des choses.
Edmond de Goncourt
Le vieil axiome du père Gautier sur les
écrivains qui doivent, qui peuvent rendre avec des
mots, s'ils sont réellement écrivains,
l'inexprimable, se vérifie nettement, fermement, dans
vos livres où tout le ténu, tout le fugitif,
tout l'intangible nous apparaît, surpris que ces
sensations puissent être précisées et
fixées dans le moule définitif d'un vers.
Joris-Karl Huysmans
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