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La Béguine écoutait; elle comprenait enfin;
son cas s'élucidait...
Oui ! la pauvre Dorothée avait eu le tort de vouloir
s'approprier ses dentelles. Elle avait fait semblant de
croire que, cette fois, les pieuses dentelles seraient pour
elle et pour sa robe de noce. Mais c'était un leurre,
et de s'être supposée aimée. Même
elle ne le crut pas. Elle ne le crut jamais. Elle feignait
de le croire. Au fond, la jeune fille savait le simulacre,
sans pouvoir s'y refuser, et qu'elle ne serait heureuse
qu'un moment, le temps de venir la tenter, lui apprendre
l'idée de l'amour, lui montrer l'image de l'amour sur
sa face extasiée. Elle avait été
simplement employée par le destin.
Maintenant c'était fini. Et elle venait restituer les
dentelles, comme les colifichets d'un rôle
quitté. C'était tout naturel et tout logique.
Ursule ne songea même pas à lui demander
pourquoi c'était elle-même qui les rapportait.
Comment n'avait-elle pas rendu ses cadeaux au fiancé,
puisqu'elle ne l'épousait pas ? Mais le jeune homme
sans doute était devenu insaisissable; il avait
disparu, fui brusquement par quelque porte invisible de
l'air. C'était le Tentateur, Satan lui-même,
qui n'avait pris ce beau visage, n'avait emmiellé sa
complice que pour venir ainsi avec elle, dans la retraite du
Béguinage, séduire la pauvre petite
Béguine qu'elle est, troubler son célibat, lui
montrer l'enivrement d'un couple au sein du Baiser, afin de
lui en donner à elle-même un désir qui
irait jusqu'à la chute.
La malheureuse Dorothée n'avait été que
l'instrument inconscient de cette machination de l'enfer. En
ce moment encore elle achevait sa fonction, en venant lui
montrer l'image du lendemain de l'amour sur sa face devenue
douloureuse, l'aboutissement de ce coupable essai de
bonheur, le péril d'où la Béguine
s'était sauvée en entrant en religion, en
observant ses voeux, ce qu'elle aurait pu être et
n'avait pas été... Ah ! toute cette
pâleur, ce teint de crépuscule, comme
soufré d'un orage dont on reste à jamais
malade et en ruine. Ursule la regarda, saisie de
pitié. Elle était si pâle, devenue si
frêle; elle tendait la dentelle du geste navré
d'une mendiante qui vend ses cheveux...
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