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En Flandre surtout, dans la Flandre flamande, en ce silence de province si proche d'ici et qui semble si lointain, il y a ainsi des villes tombées dans la misère ou l'oubli : Ypres, Furnes, Courtrai, Audenaerde, ces mélancoliques veuves des Communiers; mais parmi ces déchéances de l'histoire et cette détresse entre toutes lamentable, une agonie de ville - c'est Bruges, la reine détrônée, qui se meurt là-bas de la mort la plus taciturne et la plus émouvante, parce que Bruges aujourd'hui oubliée, pauvre, seule dans ses palais vides, futvraiment une reine dans l'Europe d'autrefois, une reine avec le faste d'un train de cour légendaire, au bord des vagues, une reine que Venise saluait comme une soeur plus heureuse et jalousait d'au-delà les horizons. Comment cette splendeur d'or et d'étoffes somptueuses a-t-elle fait place au déclin de Bruges qui grelotte maintenant dans la nudité de ses pierres ? Voici le drame. Jadis la ville communiquait avec la mer
par le Zwyn qui, passant à Damme, roulait
jusqu'à elle ses eaux profondes, fleuve royal
où pouvaient évoluer les 1.700 navires
équipés par Philippe-Auguste contre les
Flamands et les Anglais. Alors les navires du monde entier
arrivaient jusqu'à elle et s'amarraient dans son
port. Un jour, en 1475, la mer du Nord brusquement se
retira; du coup le Zwyn fut tari, sans qu'on ait jamais pu
le désensabler ou y rétablir une circulation
d'eau; et Bruges, dorénavant éloignée
de cette vaste mamelle de la mer qui avait nourri ses
enfants, commença à s'anémier, et
depuis quatre siècles elle agonise. Combien
émouvante en cette séculaire phtisie où
la ville frappée à mort crache une à
une ses pierres - comme des poumons - émouvante
surtout en cet automnal matin de novembre, sous un ciel dont
la pâleur s'apparie à la sienne !... ça
et là, quelques palais dorés,
polychromés, sertis comme des orfèvreries,
énormes écrins de pierre que la reine
dépossédée a gardés. Plus loin,
le rude beffroi, couleur de lie, de rouille, de sang et de
couchant, sans ornements ni sourires de sculpture, tragique
et belliqueux, parti comme en guerre vers le ciel avec les
flèches de ses pinacles et le vaste bouclier de son
cadran. 2 / 7 |
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