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Etrange coutume ! Justice du peuple égalée
à la justice de Dieu !
Toute une vie pesée dans les yeux de la Foule comme
dans les plateaux d'une balance.
Le jour arrive. La veuve du vieux comte, dame Ursule Adornes
de Borlant, avait voulu que la cérémonie fut
grandiose, digne du mort. Et comme elle avait des
goûts d'art, aimait la musique, elle fit installer un
grand orgue dont la mélopée de sacre et
d'éternité conviendrait, dresserait dans la
salle du jugement l'apparat de la mort et comme un
catafalque de sons. Toutes les portes étaient
ouvertes. La foule entra. A cause de toutes les
roses-trémières, de tous les tournesols des
jardins, à cause aussi de toutes les branches
fleuries des vergers envoyées sans cesse au
château, celui-ci avait moins la tristesse obscure du
deuil qu'une parure des Rogations. La veuve pleura plus fort
de toutes ces choses fleuries et riantes, mais elle pleurait
moins amèrement. Elle-même avait
désiré ce cérémonial
poétique. Et, avant les voix graves qui, sur l'appel
du maître des cérémonies, allaient
parler du mort, louer sa vie ou la discuter, des choeurs
d'enfants préludèrent, suivant sa
volonté, doux motets, hymnes an-géliques
solfiées au hasard par les maîtrises des
villages. Dame Ursule de Borlant versa des armes abondantes
mais plus douces en écoutant ces douces voix...
C'étaient des voix comme celles de ses enfants, quand
ils étaient petits, au commencement de son
mariage.
Temps d'amour évanoui ! L'époux gisait. Ah !
ces voix pures des soprani... Il lui sembla qu'elles
allaient vers le mort couché dans la chapelle, en son
cercueil clos, et qu'elles lui étaient
rafraîchissantes dans son sommeil altéré
peut-être par les feux du Purgatoire.
Le chant cessa. L'orgue replia ses lourds velours. Alors,
dans le silence, un maître des
cérémonies interpella la foule qui se massait
là : les proches, les parents, les amis, les
serviteurs, les vassaux, les fermiers, tout le peuple de la
contrée, admis à prendre la parole pour louer
le défunt ou discuter sa vie, critiquer ses actes,
dévoiler quelque manquement ou péché
restés cachés. Personne n'osa parler. II y eut
un silence auguste qui sembla s'approfondir comme un caveau
où le mort descendait déjà, et de plus
en plus. Alors, le sire de Borlant beau-frère et ami
tendre du comte décédé,
énonça, pour faciliter le Jugement populaire,
une sorte de questionnaire énumérant les
péchés capitaux qui sont le
résumé des grandes fautes contre Dieu, contre
les hommes et contre soi-même.
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