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Art Pur
Est-il vrai que le Vers doive vêtir l' armure Et, quittant le manoir où son orgueil le mure, Doive, tel qu' un soldat amoureux des clairons, Marcher dans la bataille humaine, entrer en lutte, Et, laissant aux loisirs du camp les airs de flûte, Faire sonner au vent, comme des éperons, Les rimes d' or sur le pavé des strophes fières ? -- Non ! le Vers doit pleurer, escorter les civières Où les corps sont pareils à des lis teints de sang. Il faut que, pacifique, humble, compatissant, Il aille, dédaignant la bataille futile. Mais prenant en pitié les faibles qu' on mutile Et ceux qui sont rompus d' avoir longtemps lutté, Le vers, avec des airs de Soeur de charité, Leur portera le soir, par la plaine assoupie, Des mots doux, des mots blancs, comme de la charpie !
Derniers Vers, 1898.
C' est encore une année en fuite et qui s' enfonce Et qui va s' éteignant dans l' âtre avec la cendre La chambre se recueille et toute elle se fonce Et les reflets dans le miroir semblent descendre O la bûche qui va finir L' année aussi avait été Une branche de notre vie. Verdure de printemps, suivie Du feuillage d' or de l' été ! O branche à présent dépouillée Se survivant encore un peu Dans sa robe de feu Année en fuite et déjà presque désapprise Déjà presque oubliée !...
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