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O ville d'exemplaire et stricte piété...
O ville d'exemplaire et stricte piété ! Les sombres maisons - Même dans leurs vitres rien ne s'azure - Ont l'air d'une communauté En oraison, A genoux dans l'eau qui se moire; Et les reflets des murs sont des cassures De robe noire...
Les canaux vont se prolongeant comme des nefs. Les maisons restent prosternées, Ville entrée en religion; Pour quels chagrins ou quels griefs ? Pour avoir vu mourir quels rayons Ou se rompre quel hyménée ? Pour avoir subi quel déclin, Quelle chute du haut de la gloire, Pour être veuve avec quels orphelins, Pour s'être vue en deuil dans quels miroirs ? Ah ! comme le destin est rapide à changer, Ruine immédiate et déjà quotidienne Qui lui fit tout de suite, en ce temps-là, songer : "Est-il une douleur comparable à la mienne ?"
O mélancoliques maisons, Maintenant sans mémoire, Qui ont cessé de regarder les horizons !
Naguère elles étaient des reines, Avec un luxe en fleur de pierres ciselées; Voici qu'elles ont Des robes noires, Choeur de béguines en neuvaines Pour on ne sait quel Jubilé... La ville entière a pris le voile, Priant dans les nefs des canaux; Et, pour l'oubli de ses misères (En les touchant des doigts dans l'eau), Elle égrène une à une les étoiles Comme les grains intermittents d'un grand rosaire.
Le Règne du silence
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